par benjamin, le 5 mar 2008

Les débats sur le coût de la piscine ne sont pas que des chiffonnades…

Dans le « privé », quand on parle de comptabilité, on entend un bilan et un compte de résultat. Au bilan, l’actif et le passif, donc le « patrimoine ». Au compte de résultat, les recettes et les charges, donc le « budget courant ».

Pour une collectivité territoriale, point de bilan patrimonial. Une partie du passif est certes connue (l’endettement financier), mais personne ne recense jamais, et encore moins ne valorise, l’ensemble des actifs et passifs. Il y a un budget de fonctionnement (la « vie courante ») et un budget d’investissement. Le budget doit être équilibré chaque année, mais pour cela il suffit de trouver des « recettes » à mettre en face des « dépenses ». La vente de bijoux de famille et le recours à l’endettement sont des ingrédients possibles de ces recettes.

L’exemple de la piscine est archi classique : la vente du patrimoine de la commune apparaît en « recettes » pour boucler le plan de financement du centre aquatique. Et pi c’est tout, comme dirait le moniteur de natation le plus connu de France et de Navarre, car rien n’oblige à s’interroger sur le patrimoine de la commune, avant et après l’opération, ni sur la perte du foncier, ni sur la valeur de la piscine.

Alors que dans le « privé », les principes comptables évoluent et se raffinent avec le temps pour tenter de s’adapter aux réalités économiques (IFRS, …), les principes de comptabilité publique paraissent figés et immuables. C’est comme ça… mais rien n’interdit de mettre en place des outils de pilotage plus cohérents et plus utiles. Surtout si ça peut permettre d’encore mieux gérer la ville, et de désamorcer ou limiter les polémiques. En attendant, chacun ou presque peut dire n’importe quoi ou presque, et presque sans risque tant que les référentiels sont différents…

Aujourd’hui, peu s’interrogent sur le « patrimoine » de la commune. Ceux qui critiquent la vente du terrain de l’ancienne piscine sont assez peu diserts sur les solutions de réemploi de ce terrain qui auraient pu être mises en œuvre. De la même façon, réduire l’endettement, c’est bien. Expliquer parallèlement que les services municipaux sont bien gérés, et le patrimoine communal maintenu, c’est encore mieux !

Pour donner quelques autres exemples concrets, il n’est aujourd’hui pas possible de calculer ou comparer précisément le coût pour la ville par an et par enfant selon le mode de garde (crèche, mini crèche, …). Idem pour la rentabilité des projets d’économie d’énergie (ie, éclairage public). Probablement idem pour l’évolution par poste de dépense des coûts de fonctionnement à horizon 2-3 ans…

A l’heure d’Internet et du tout informatique, les Saint-cyriens, moi le premier, ne comprendraient pas qu’un candidat ne s’engage pas à développer/moderniser les outils de pilotage financier et économique, et à s’en servir dans l’intérêt collectif et de manière transparente, pour mieux piloter les finances de la ville, et mieux communiquer sur l’utilisation des deniers publics.

Que proposent les candidats à ce sujet, et à quoi s’engagent-ils ? Pour l’heure, à pas grand-chose, malheureusement… Est-ce pourtant demander la lune ?

par benjamin, le 5 mar 2008

[Edit 7 mars - Avant propos : cet article ne se voulait pas une synthèse sur le coût de construction (sujet qui par ailleurs n'a rien de honteux !), mais une mise en perspective plus générale. Vous lirez avec intérêt les réactions de MM. Debain et Farnier à cet article, et je viens de reprendre la rédaction, notamment le passage sur le coût, pour y ajouter plus de clarté.]
[Edit 8 mars - Il ne s'agit que de "quelques mots" sur la piscine. Je ne suis volontairement pas revenu sur la polémique sur la destruction de l'ancienne piscine et vous propose de vous documenter à ce sujet (*)]

Une piscine à Saint Cyr, c’est un luxe, et c’est un symbole.

Depuis les années 80, la revendication identitaire est devenue une sorte d’acquis communal. Il y avait une piscine en 2001, il y en a … une autre, depuis l’an dernier. Ce n’était pas dans le projet électoral (d’où le zéro euro promis ?) mais c’est vite devenu le fil rouge de toute la mandature. Je ne suis pas assez « ancien » pour faire un long rappel historique (*), mais de nombreux articles et tracts sont encore visibles sur les sites de l’’ACS Saint Cyr et d’ Agir 2008.


Quel coût pour les finances de la ville ?

Une question plus épineuse qu’il n’y parait. Selon les candidats, le curseur varie de quelques centaines de milliers d’euros à presque six millions d’euros.

Pour y répondre, il faut déjà reconstituer le coût de construction. Pour simplifier, disons “X”, mais je vous laisse vous faire votre opinion à la lecture des explications de MM. Debain et Farnier.

Ensuite, il faut réfléchir à la structure de financement. La ville a reçu un peu plus d’un million d’euros de subventions, et la vente à Franco Suisse du terrain de l’ancienne piscine a rapporté un peu plus de 3 millions d’euros.

Les deux approches extrèmes sur le “coût de la piscine à la charge de la ville” sont donc de “X-1″ et “X-1-3″ selon que l’on décide d’affecter, ou non, le produit de la vente de l’ancien terrain au budget de l’opération.
Mon avis est qu’il est exagéré de prendre en compte tout le produit de la vente dudit terrain, car la nouvelle piscine est excentrée et assise sur un foncier de moindre valeur. Le terrain vendu représente quelque part une “perte” de patrimoine pour la ville, à rapporter à la valeur du nouvel équipement (qui est une valeur d’utilité plus que financière). Il serait également exagéré de ne pas du tout prendre en compte le produit de la vente du terrain de l’ancienne piscine, car c’est bien le fait de réaliser un nouvel équipement ailleurs qui a permis l’opportunité de vendre du foncier dans des conditions économiques favorables.
Si l’on décide d’affecter la moitié de la vente du terrain de l’ancienne piscine (50* 3.2 = 1.6m) et les subventions réellement reçues (1.1m), on peut estimer le coût de la piscine pour la ville à “X-2.7″. Selon cette approche (mais je veux bien discuter de la méthodologie avec qui voudra), cela fait un coût pour la ville de 4.3m€ si l’on retient le coût de construction présenté par M. Farnier (et, de mémoire, M. Sadoun également), et de 2.1m€ si l’on retient le coût de construction présenté par M. Debain.

A noter, enfin, qu’il ne s’agit pas d’un coût déraisonnable dans l’absolu, mais qu’il aurait pu être moindre si la recherche de subventions avait été optimisée.

Quelle valeur d’utilité ?

La nouvelle piscine est incontestablement un équipement spacieux et de qualité, mais n’est plus une piscine de centre ville. Elle est excentrée alors que la ville a cédé du foncier à un des meilleurs emplacements de la ville. Cela “compense”-t-il le confort amélioré de la nouvelle piscine et le toit ouvrant ? Les avis peuvent valablement être partagés.

Dans un autre genre, si presque tout le monde va à la nouvelle piscine en voiture, ce n’était pas le cas avant, et les commerçants du centre-ville, par exemple, ont perdu des « opportunités de contact » avec la clientèle piétonne de l’ancienne piscine.

Il faudra également tirer les leçons du passé, faire attention à l’entretien et à la maîtrise des coûts de fonctionnement (pour le moment raisonnables, mais la piscine est toute neuve). Quels que soient les modes de financement, dans le temps, une piscine est un équipement onéreux pour une petite ville seule.

Que pouvait-on faire d’autre ?

Rénover l’ancienne piscine, parait-il affectée par un défaut de construction et mal entretenue pendant des années ? En construire une nouvelle au même endroit (donc sans plus-value foncière) ? Envisager sérieusement une piscine intercommunale avec Fontenay, voire Bois d’Arcy ? Chacun aura son avis sur la question… le mien est l’intercommunalité, sur laquelle on aurait pu insister un peu plus (lire également les précisions du maire à ce propos)

Le délégataire, une bonne solution ?

On dit que les associations ne devraient pas être écartées, que l’entrée coûte cher, que c’est la faute du délégataire, Vert Marine. C’est globalement vrai, mais Vert Marine agit dans un cadre contractuellement négocié avec la ville.

La cherté est assez évidente pour les familles dont les enfants prennent des cours de natation. Pour l’entrée seule, les formules d’abonnement sont relativement onéreuses, mais je pense que si l’on compare le coût des entrées avec les différentes formules avec les offres de l’ancienne piscine, en euros constants et à service constant, les écarts doivent être bien moindres que les 25% pointés par l’opposition de gauche. Le mieux servi est probablement le « sportif », qui, pour une carte 10 heures à 25 euros, peut faire 13 séances de trois quarts d’heure, dont certaines en nocturne après le travail !

Marc Sadoun et Daniel Farnier promettent de renégocier le contrat avec Vert Marine. Une renégociation unilatérale en faveur des associations et à coût nul pour la ville est irréaliste ! Vert Marine est un opérateur privé, mais cela ne veut pas dire non plus froid et hostile. Peu avant le nouvel an, j’ai eu l’occasion d’aller à la patinoire d’Angers, gérée par le même opérateur mais semble-t-il en bonne harmonie avec la mairie et les utilisateurs (jetez un coup d’œil à son site web, assez sympa). Sur le fonds, la meilleure manière de renégocier un contrat dans les intérêts de toutes les parties est surtout d’assurer une augmentation de la fréquentation…

Des suggestions concrètes !

… pour cela, pas grand-chose n’a encore été fait, mais plusieurs pistes sont possibles. Une meilleure promotion de l’équipement par la mairie (journées porte ouvertes, offres promotionnelles, …) pour développer la base de clientèle. La négociation de conventions bilatérales avec les villes voisines sans piscine (ex : Fontenay, pour tout lemonde et pas que les écoliers !). Ne pas fermer la piscine entre 13h et 14h le week-end pour attirer un peu plus de monde… Adjoindre à la piscine quelques pelouses du parc Maurice Leluc et mettre à la belle saison plus de transats en plein air. Il y a largement la place (voir photo ci-dessous), et cela valorisera mieux côté « ouvert » de la piscine et renforcera l’offre « loisirs » d’un centre aquatique « familial », avec bassin ludique, toboggan, toit ouvrant et pelouse extérieure pour tous, pas seulement les 10 premiers arrivés… En un mot, ça permettra de profiter davantage du nouvel emplacement de la piscine et de ne plus regretter l’ancien ;-)

Qu’en pensent les uns et les autres ? Et que proposent les candidats ?

D’ici là, j’espère que ce ne seront pas les finances de la ville qui plongeront, mais vous… Allez, tous à l’eau, vous retrouverez toutes les informations pratiques sur les sites de la mairie et de Vert Marine.

par benjamin, le 4 mar 2008

Voici, un peu dans le désordre, les titres provisoires des prochains articles. Le temps presse ;-)

  • Piscine : bilan ou symbole ?
  • Les finances de la ville : de la comptabilité publique à la comptabilité analytique
  • Bus gratuits : un timide « oui mais », mais pas pour les mêmes raisons que M. Sadoun
  • Marché : presque plus de questions que de réponses
  • Démocratie locale, de la théorie à la pratique
  • « On ne peut plus se loger à St Cyr, c’est la faute des promoteurs »
  • PLU, ZAC, urbanisme et densité
  • Petit florilège (ou bêtisier) des promesses de campagne
  • Apprendre à oser

En bleu, les articles déjà publiés. En rouge, les autres…

par benjamin, le 3 mar 2008

En l’an 2008 après Jésus Christ, un petit village gaulois lutte et résiste contre l’envahisseur.

Saintcyrix a toujours vécu dans le village. La mémoire collective est très importante. Le village a été ravagé par les boules de feu lors de la dernière guerre avec les saxons. Alors que les trente glorieuses ont vu sa reconstruction et son extension, les trente années suivantes ont été moins heureuses et le village lui semble moins prospère qu’avant, surtout comparé aux bourgs d’à côté. Pour sa part, Saintcyrix a vécu globalement heureux, est devenu un bon père de famille travailleur, discipliné et impliqué dans la vie associative du village.

Mais depuis quelques années, pourtant, le monde change. Il se murmure que dans la région, les relations avec les bourgades alentours sont plus amicales que dans le passé, et Saintcyrix constate bien que beaucoup de gaulois d’autres contrées sont récemment venus s’installer dans le village. Il les considère globalement gentils, même s’il sent bien qu’ils ne sont pas tout à fait du coin, mais il a peur que de leur faute, ses enfants n’aient plus de chaumière pour l’avenir et doivent quitter le village.

Mais d’autres étrangers sont plus méchants, comme ceux qui traversent les chemins de la ville matin et soir et encombrent les chemins, ou comme ceux qui construisent des nouvelles chaumières plus jolies mais pas pour eux. Saintcyrix n’aime pas trop ces nouveaux commerçants qui souillent le sol sacré et vont faire venir encore plus d’étrangers.

Saintcyrix se méfie, mais il se reprend à rêver. Il espère que le vent du changement ne va pas annoncer une grande tempête, mais apporter plus de modernité. Comble de l’organisation néo-romaine, le chef du village est depuis peu conseillé par un triumvirat, chacun d’entre eux rivalisant d’idées pour assurer le bonheur, l’indépendance et la prospérité du village.

On lui promet que les étrangers, ceux qui traversent le village sans s’y arrêter, vont vouloir y investir beaucoup de sesterces, créer des ateliers et payer des impôts. Que les villageois pourront travailler dans ces nouveaux ateliers, mais aussi, pour beaucoup, loger dans les chaumières publiques, tant celles d’aujourd’hui que celles que les étrangers vont continuer à construire. Les méchants étrangers (les autres), emprunteront un nouveau chemin pour ne plus traverser le village. Saintcyrix verra passer plus souvent le cheval vapeur pour se déplacer à grande vitesse dans la région. Et pourra continuer à acheter du poisson frais au nouveau marché, lire des jolis manuscrits à la nouvelle bibliothèque, sculpter son corps dans les nouveaux gymnases. Et surtout, faire beaucoup de nouveaux petits habitants et voir les villageoises s’occuper des jeunes enfants pendant qu’il va au labeur. Enfin, il entend dire que les carrioles du village seront plus nombreuses et, surtout, gratuites.

Saintcyrix est ravi de tout cet apport du monde moderne pour le principal bénéfice des villageois, mais se dit quand même que ça fait beaucoup de promesses. Il avait déjà l’intuition qu’une nouvelle pataugeoire gratuite, ça tombait difficilement du ciel, par Toutatis !

Aujourd’hui, le vieux chef du village va céder sa place. Le triumvirat se déchire. Un d’entre eux va devenir le nouveau chef du village. Saintcyrix pense que chacun des trois ferait un bon chef, mais se demande qui sera le meilleur…