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benjamin | 09.12.08 |

Les enfants de Don Quichotte relancent le débat aux Yeux d’Elsa

Mercredi 26 novembre, « Les enfants de Don Quichotte » était à l’affiche aux Yeux d’Elsa à Saint Cyr, à l’occasion d’une soirée débat avec notamment Jean-Baptiste Legrand, frère d’Augustin, co-réalisateur du documentaire et Don Quichottois de la première heure.

C’est la deuxième fois depuis la rentrée que je me rends dans cette petite salle, après Gomorra. Hasard de la (bonne) programmation ou inconsciente attirance vers certains sujets difficiles ?

chacun tente sa chance...

Une phrase revient plusieurs fois dans le film : pourquoi n’y-a-t-il pas de SDF en Suède ? Car en France il y en a beaucoup, bien entendu même à Saint Cyr l’Ecole.

Les esprits cyniques seront tentés de répondre du tac au tac parce qu’ils ne passent pas l’hiver.

Mais en affinant un peu, on pourrait aussi répondre parce qu’ils ne passeraient pas l’hiver… et que la société sait s’organiser en conséquence. Avis à tous ceux qui chantent que la misère est plus belle au soleil…

Car si les SDF ont bien souvent des problèmes avec la société, ce n’est que trop réciproque en France. Une société défiante, un regard distant, une humanité éloignée, tout oppose, et pourtant…

Le format du documentaire nous oblige à garder nos yeux rivés sur ces nomades urbains, à partager quelques scènes de vie, parfois drôles, souvent tristes.

Parmi les thèses soutenues, celle que ce qui (leur) manque le plus, ce n’est pas l’hébergement d’ « urgence », mais un accompagnement plus soutenu et un espoir de s’en sortir. Accompagnement mais pas assistance, logement un peu moins précaire mais surtout pas aléatoire, arbitraire ou insalubre. Et que… cela ne coûterait certainement pas plus cher à la collectivité. Songeons au nombre de places en foyer pouvant être financées avec un budget de 40 euros par nuit, prix parfois payé pour l’hébergement chez des hôteliers privés proches du marchandage de sommeil.

Au premier chef, ce n’est donc pas un problème de moyens, ou de ressources, mais de volonté politique. Le film le montre très bien par séquences même si le sort semble s’acharner sur trois femmes ^^

Et c’est là que le bât blesse pour tout activiste citoyen : Don Quichotte a réalisé le meilleur buzz de la décennie, a su alerter les médias, frapper l’opinion et interpeller les politiques, a suscité l’émotion, parfois la controverse, rassemblé les associations, provoqué un débat public, sponsorisé une loi… mais qu’est-ce qui a changé depuis deux ans ? Malheureusement pas grand chose, et on sent que ça pèse.

On parle beaucoup de l’espérance de vie des SDF réduite à 45 ans. Mais le pire n’est pas l’âge. C’est qu’en France quand on tombe dans la rue, on y reste souvent jusqu’au bout. La résignation et le manque d’espoir sont encore plus cruels que la statistique.

Christine Boutin, malheureusement fidèle à elle-même et à ses lubies, n’aidait certes pas à élever le débat en créant alors la polémique sur l’hébergement forcé… Mais le débat permettait à Jean-Baptiste de s’exprimer longuement et clairement. Finalement c’était peut-être mieux qu’il vienne lui plutôt que son frère, plus exposé, plus dans l’action.

Malgré une activiste pseudo-boutiniste qui, après avoir passé le temps de la projection à téléphoner bruyamment et envoyer des sms, polémiqua benoîtement avant de nous quitter précipitamment (« tiens, la dame est partie »), puis un petit intermède à la « mon maire, ce héros » avec une conseillère municipale « habilement » provoquée par une autre personne qui est elle aussi sortie avant la fin … tout ça pour dire qu’il y aura toujours quelques emmerdeurs, chacun fut libre de prendre la parole et d’échanger.

Bien sur, on peut refaire le monde mille fois sans que rien ne change au final, mais au-delà des yakafokon et du chacun qui aide un peu en espérant ou priant que cela aide à passer l’orage, on comprend bien à la fois la paradoxale simplicité du problème, et la difficulté du « combat » des Don Quichotte. Puisque rien n’était laissé au hasard, et si leur nom était vraiment prémonitoire ?

J’étais venu intrigué par les Legrand, car toujours un peu sceptique à propos d’actions menées par des journalistes/comédiens/hommes de média & co, car parfois il s’agit d’un microcosme qui se fait mousser. Ajoutez à cela une médiatisation du mouvement parfois chaotique, parfois trompeuse, inégale ou incomplète (mention spéciale à toute l’équipe de journalisme de France 2 pour l’ensemble de son Å“uvre, bien au-delà des DQ), le cocktail a un goût étrange à défaut d’être explosif.

Je fus donc rassuré bien au-delà de mes attentes, et ne peux que saluer et encourager cette admirable initiative ! Le risque est une sanctuarisation du mouvement. Don Quichotte n’est pas en théorie une nouveau Secours Populaire ou Restos du Coeur, plutôt un commando très bien préparé et sachant taper où il le faut quand il le faut. Une sanctuarisation, pour ne pas oser dire un enlisement dans une longue guerre de tranchées, leur ferait probablement perdre mobilité et force de frappe. Ce serait quelque part dommage, mais quand on voit la difficulté des pouvoirs publics et des autres acteurs privés ou associatifs à gérer la situation, et l’impact médiatique des Don Quichotte, on se dit qu’ils sont surtout partis pour durer…

Au final, Jean-Baptiste nous donne une formidable leçon de citoyenneté, tandis que son film nous laisse un témoignage vivant. Il paraît que l’histoire n’est pas finie, qu’il y aura une suite. Que faut-il souhaiter ? Courage aux sans abris, et bon courage aux Don Quichotte.

Quelques liens

* les Enfants de Don Quichotte

* la fiche du film et les séances

* un post sur le blog de Versay, un ami qui m’accompagnait lors de cette soirée

* un post sur la complexité de la relation de Don Quichotte face aux médias

* Christine Boutin sur Wikipedia

* la Fondation Abbé Pierre

* le programme des Yeux d’Elsa

5 comments to Les enfants de Don Quichotte relancent le débat aux Yeux d’Elsa

  1. Jean-Baptiste Fourest
    December 10th, 2008 à 0:15

    J’apprécie l’analyse de cette soirée que je partage en grande partie (bien que j’ai trouvé le débat bien plus intéressant que le film, une sorte d’ode à A. Legrand) mais je suis surpris de ne trouver aucune mention dans ce billet de la présence du Père Callery qui a co-animé le débat avec justesse et intelligence.
    Est-ce une contrainte imposée à votre ligne éditoriale ?

  2. benjamin
    December 10th, 2008 à 1:31

    Jean-Baptiste,

    Deux remarques très intéressantes. Il y a un certain nombre d’angles de lectures dans ces articles et c’est vrai que vous mettez le point sur deux “manques”, tous deux un peu volontaires.

    1) le débat était effectivement plus intéressant que le film, ne serait-ce que par la personnalité de l’ “autre” JB. On peut tout juste reprocher à Jean-Baptiste d’idéaliser un peu trop son grand frère, ça se sent, c’est la vie. Mais la personnification du mouvement autour d’Augustin faisait partie de ce qui me faisait “douter” à l’origine comme j’essaye de l’expliquer dans l’article.

    2) J’ai choisi certains axes et c’est vrai que la dualité des intervenants n’en était pas un. Tout comme j’ai grandement éludé les discussions sur “nos” SDF. J’ai surtout évité de faire de l’article un compte rendu fourre-tout, et de parler trop précisément d’exemples que je ne connais pas assez. Je ne suis pas journaliste et finalement revendique aussi une part de subjectivité ;-)

    Mais les lecteurs les plus motivés, ceux qui iront jusqu’aux commentaires, sauront que :
    - il n’y a pas de “contrainte imposée à ma ligne éditoriale” à part un effort global de cohérence (parfois une ligne jaune à essayer de ne pas dépasser, à ce propos j’ai une pensée sincère pour un monsieur X qui se reconnaitra surement), et en aucun cas la contrainte de parler, ou pas, de tel ou tel sujet, de telle ou telle personne, de tel ou tel problème. C’est quand même un des avantages d’un blog indépendant ;)

    - j’éprouve un profond respect pour le Père Callery, bien que le connaissant somme toute assez peu, et je trouve souvent son propos mesuré et assez juste. J’ai apprécié son image de l’oeil, que j’avais reprise dans mon intervention en séance, et failli reprendre ici, mais pour tout dire j’étais un poil déçu qu’il soit essentiellement intervenu sous l’angle de la foi. Cela n’empêche certes pas l’intelligence, mais décale les deux intervenants, et ne permet pas à un vrai débat d’idées de se poursuivre aussi loin qu’il pourrait l’être imaginé. Je l’ai un peu regretté le temps d’un débat, mais bien évidemment cela ne remet aucunement en cause son engagement ni sa contribution à l’effort de solidarité individuel et collectif.

  3. V.
    December 11th, 2008 à 13:53

    Effectivement, une séance et un débat qui faisaient chaud au coeur, forts de très beaux témoignages, de scènes de vie.
    Le reportage montrait le terrible décalage entre le discours politique et la réalité de l’action, qui est actuellement essentiellement assurée par les associations.

  4. benjamin
    December 11th, 2008 à 16:57

    V. ,
    Vite et bien résumé ! Ah si le discours politique était aussi clair…

  5. stcyrblog citoyen : saint cyr l'école au quotidien | Drame social, mais coup de pub à la veille des journées portes ouvertes de l’aérodrome
    September 10th, 2009 à 13:14

    [...] les plus acharnés se souviendront que cela sonne un peu en échos à une chronique du blog sur les enfants de Don Quichotte, à l’automne [...]

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