Suite du premier épisode.
Notre petit Saintcyrix est décidément assez naïf. Il croyait en une campagne électorale éthique jusqu’au bout.
Saintcyrix se replie un peu sur lui-même. Il se dit que Saint-Cyr n’étant pas au cœur de l’OIN, il n’en a pas grand-chose à espérer, mais beaucoup à craindre. Il espère vraiment que la priorité donnée aux saint-cyriens va améliorer l’offre de logement social dans la ville, et qu’on va tout faire pour dissuader la circulation de transit. Il entend ici et là un détail parfois flous sur les nouvelles offres de train. On lui dit que seul les « anciens », ceux qui connaissent bien la ville, peuvent gérer efficacement sa destinée. Et que la ville a tellement souffert qu’elle pourra bien espérer des faveurs spéciales (les terrains du stade, un régime d’exception pour des bus gratuits, …).
Bref, il espère que le saintcyro-saintcyrisme vaincra et que la ville sera enfin touchée par la grâce des dieux.
Voilà pour la théorie. Maintenant, place à la pratique. Qui se reconnaît en Saintcyrix ? Visiblement pas grand monde, du moins parmi mes lecteurs au vu de la flopée de votes négatifs recueillis lors du premier épisode.
En fait, Saintcyrix n’existe pas, ou sinon peut être dans l’inconscient des « hauts pensants ». On imagine les attentes de l’électeur, puis on le flatte sur des promesses censées améliorer son quotidien. Mais le citoyen n’attend pas qu’un repli ou une faveur, il réclame aussi une vision ! Le travail de proximité est certes indispensable, mais on ne construit pas sur du long terme uniquement à coups de « bottom up »…
Les saint-cyriens attendent un projet de ville, non idéologique, à moyen terme mais avec des effets visibles à très court terme, des engagements réalisables et une ouverture d’esprit permettant de s’adapter aux situations imprévues. Il faut savoir dire oui, savoir dire non, savoir dire « je n’y avais pas pensé, et c’est une bonne idée », et parfois « je me suis trompé, on va faire autrement ».
En l’an 2008 après Jésus Christ, un petit village gaulois lutte et résiste contre l’envahisseur.
Saintcyrix a toujours vécu dans le village. La mémoire collective est très importante. Le village a été ravagé par les boules de feu lors de la dernière guerre avec les saxons. Alors que les trente glorieuses ont vu sa reconstruction et son extension, les trente années suivantes ont été moins heureuses et le village lui semble moins prospère qu’avant, surtout comparé aux bourgs d’à côté. Pour sa part, Saintcyrix a vécu globalement heureux, est devenu un bon père de famille travailleur, discipliné et impliqué dans la vie associative du village.
Mais depuis quelques années, pourtant, le monde change. Il se murmure que dans la région, les relations avec les bourgades alentours sont plus amicales que dans le passé, et Saintcyrix constate bien que beaucoup de gaulois d’autres contrées sont récemment venus s’installer dans le village. Il les considère globalement gentils, même s’il sent bien qu’ils ne sont pas tout à fait du coin, mais il a peur que de leur faute, ses enfants n’aient plus de chaumière pour l’avenir et doivent quitter le village.
Mais d’autres étrangers sont plus méchants, comme ceux qui traversent les chemins de la ville matin et soir et encombrent les chemins, ou comme ceux qui construisent des nouvelles chaumières plus jolies mais pas pour eux. Saintcyrix n’aime pas trop ces nouveaux commerçants qui souillent le sol sacré et vont faire venir encore plus d’étrangers.
Saintcyrix se méfie, mais il se reprend à rêver. Il espère que le vent du changement ne va pas annoncer une grande tempête, mais apporter plus de modernité. Comble de l’organisation néo-romaine, le chef du village est depuis peu conseillé par un triumvirat, chacun d’entre eux rivalisant d’idées pour assurer le bonheur, l’indépendance et la prospérité du village.
On lui promet que les étrangers, ceux qui traversent le village sans s’y arrêter, vont vouloir y investir beaucoup de sesterces, créer des ateliers et payer des impôts. Que les villageois pourront travailler dans ces nouveaux ateliers, mais aussi, pour beaucoup, loger dans les chaumières publiques, tant celles d’aujourd’hui que celles que les étrangers vont continuer à construire. Les méchants étrangers (les autres), emprunteront un nouveau chemin pour ne plus traverser le village. Saintcyrix verra passer plus souvent le cheval vapeur pour se déplacer à grande vitesse dans la région. Et pourra continuer à acheter du poisson frais au nouveau marché, lire des jolis manuscrits à la nouvelle bibliothèque, sculpter son corps dans les nouveaux gymnases. Et surtout, faire beaucoup de nouveaux petits habitants et voir les villageoises s’occuper des jeunes enfants pendant qu’il va au labeur. Enfin, il entend dire que les carrioles du village seront plus nombreuses et, surtout, gratuites.
Saintcyrix est ravi de tout cet apport du monde moderne pour le principal bénéfice des villageois, mais se dit quand même que ça fait beaucoup de promesses. Il avait déjà l’intuition qu’une nouvelle pataugeoire gratuite, ça tombait difficilement du ciel, par Toutatis !
Aujourd’hui, le vieux chef du village va céder sa place. Le triumvirat se déchire. Un d’entre eux va devenir le nouveau chef du village. Saintcyrix pense que chacun des trois ferait un bon chef, mais se demande qui sera le meilleur…
